une page (oubliée) de l'histoire du

carillon de Notre-Dame de la Drèche (près d'Albi)
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1. recherche carillonneur désespérément...

au mois de Février1995, un article de "la Dépêche du Midi" attire mon attention:
les Pères Franciscains installés sur le site de La Drèche, situé non loin d'Albi, recherchent quelqu'un pour actionner
le carillon de 25 cloches... voici l'article en question daté de Février 1995 :

 

 

je décide alors de proposer ma candidature ! ce sera le début de trois années très "musicales", avec une présence dans le clocher quasiment tous les dimanches matin, ainsi qu'en diverses occasions ( prière du 15 Août à la source, messes de minuit à Noël, cérémonies diverses, dont le baptême de la dernière-née de l'organiste de la cathédrale d'Albi, ou bien un rassemblement départemental des pompiers...). Mon enthousiasme restera intact, jusqu'au moment où une rénovation criticable des transmissions mécaniques, rendra le carillon quasiment injouable...mais poursuivons l'histoire dans l'ordre chronologique des évènements:

 


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2. le carillon reprend de la voix

Pâques 1995: nouvel article de La Dépêche : nous avons été deux à proposer nos services au Père Jacques, qui a gentiment accepté nos bonnes volontés; mais après quelques temps, je me retrouve seul, la seconde candidate étant prise par d'autres occupations.

 

 

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3. les transmission mécaniques

le carillon est alors entièrement mécanique, utilisant le "Brock-system", de simples fils de fer tirant les battants des cloches à partir du clavier; cette transmission permet cependant toutes les nuances, et permet au carillonneur de maîtriser parfaitement la course du battant, et l'intensité du son; mais déjà un peu ancienne, elle demandait quelques réparations: il m'est arrivé assez souvent, de rafistoler un fil cassé en jouant, et les réparations de fortune s'accumulaient...

 

(les photos qui suivent ont été prises entre 1995 et 1998, ou sont extraites d'un reportage télévisé de 1995)


l'arrière du clavier, qu'on voit en rentrant dans la chambre des cloches; à gauche, une des cloches de volée;
on remarquera l'épaisseur des poutres qui constituent le beffroi

 


le clavier et le départ des transmissions

 

 


vue approchée du clavier poli par l'usage

 

 


l'arrière du clavier, et l'état de la mécanique en 1995 (noter les systèmes de réglage...)

 

 


les 25 cloches du carillon
(+ 3 cloches de volée situées au dessous)

 

 

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4. reportage FR3

un bref reportage télévisé fut tourné dans les semaines qui suivirent la remise en service du carillon...novice en la matière, je me retrouvai avec sans doute beaucoup de maladresse dans le rôle principal, n'ayant à offrir aux reporters que ma bonne volonté... mais l'essentiel était de faire savoir que le carillon reprenait vie! ci-dessous, quelques images en sont extraites

pour voir le reportage cliquer ici

 


le carillonneur à l'oeuvre...

 

 


les oreilles bien protégées; on est juste sous les cloches!

 

 


il faut également protéger les mains...

 

 


au fond, une des cloches de volée; pour accéder au clavier, il fallait passer à proximité...
impossible de sortir lorsqu'elles étaient en mouvement!
de même, la sonnerie des heures était assez impressionnante à si faible distance et faisait sursauter les visiteurs...

un souvenir marquant: se trouver la nuit de Noël à l'entrée de la chambre des cloches, qui se mettent doucement à osciller en grinçant, jusqu'à ce que l'amplitude soit telle que le formidable son des trois cloches de volée puisse s'envoler à travers la campagne...
lorsque tout s'est calmé, on peux enfin entrer et s'installer au clavier pour que le son plus grêle des petites cloches transporte à son tour des chants de Noël...

 

 

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5. la guilde des carillonneurs de France

 

aussitôt après mon "entrée en fonction", et conseillé par le Père Jacques, je me suis inscrit à la Guilde des Carillonneurs de France, ce qui me permit d'entrer en contact avec ceux de la région, dont Jean-Pierre Carme (carillon de La Platé, Castres) que je remercie ici pour ses conseils et sa bienveillance vis-à-vis d'un débutant, ainsi que Christine Laugier titulaire du carillon de Pamiers...
voir la lettre du trésorier, m'indiquant les coordonnées d'un installateur;
cela me valut aussi de recevoir de remarquables enveloppes qui ne passaient pas inaperçues:

 


une enveloppe de la Guilde des Carillonneurs

 

Comme je l'ai dit plus haut, la mécanique commençait à être sérieusement fatiguée...je pris alors contact avec des installateurs ou des constructeurs qui pourraient rénover les transmissions avec un coût supportable pour les finances de l'association qui avait en charge le carillon:

mais un projet d'électrification et de commande depuis un clavier situé dans la sacristie était déjà en cours; le but, louable en soi, était de pouvoir faire sonner le carillon en l'absence de carillonneur, et d'éviter à certains religieux âgés, l'ascension des 101 marches de clocher...

 

 

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6. électrification du carillon: pose de marteaux de tintement
(1er trimestre 1996)

 

ce projet fut réalisé et terminé au cours du premier trimestre 1996, par l'entreprise chargée de l'entretien de l'horloge. Il fut posé des marteaux de tintement, qui frappaient l'extérieur de la cloche, rendant un son un peu plus dur, certains de ces marteaux gênant même le tirage des fils de fer du clavier manuel. Une armoire électrique avec un "retour son" permettait de jouer depuis un clavier installé dans la sacristie; malheureusement, le notes du clavier ne correspondaient pas à celles rendues par les cloches, et des dysfonctionnements apparurent très vite.

petite anecdote: il m'arriva trois ou quatre fois, après avoir gravi les 101 marches, et m'être installé au clavier, d'entendre les cloches jouer toutes seules au dessus de ma tête, commandées depuis le clavier électrique de la sacristie, par quelqu'un qui pensait que je n'étais pas là, ou qui faisait une démonstration à une autre personne...je n'avais plus alors qu'à profiter d'un silence pour prendre la suite, afin d'éviter la cacophonie...

cependant, la traction mécanique était toujours dans le même état... et posait de plus en plus de problèmes...je décidai alors d'écrire une lettre en essayant d'indiquer le plus précisément possible ce à quoi il fallait remédier au plus vite, mais en plaidant pour la conservation du système actuel:

 


la lettre du 16 Décembre 1996

 

 

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7. un article de "la dépêche" (28 Mars 1997)

 

il m'arrivait souvent par temps de pluie, ou lorsque le vent soufflait trop fort, de m'abriter au-dessus des voûtes, sous cette magnifique charpente, mon épouse et mon fils se trouvant en bas dans la nef; un jour, mon fils agé de 5 ans, répondit à une dame qui lui demandait où était son papa :
"mon papa, il est là-haut..." en levant le doigt vers le ciel ; la dame leva alors les yeux et lui dit : " Oh, mon pauvre petit..."
Mais mon épouse s'empressa de lui dire que je n'étais qu'à 20 mètres du sol, et non auprès du Père Eternel!

(si tant est que je mérite un jour cette place...)


une photo de l'article: remarquer les nouveaux marteaux extérieurs,
les boitiers de connexion (clairs), et l'armoire électrique de commande au fond

 


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8. les projets de reconstruction de la mécanique

au cours de l'année 1997, plusieurs projets et devis de rénovation furent proposés; celui de France Carillons prévoyait d'augmenter les possibilités de jeu, en installant un pédalier actionnant les trois grosses cloches de volée; il envisageait également de remplacer l'automate existant par un plus fiable, et offrant plus de possibilités.

mais une autre entreprise, qui était déjà intervenue pour la pose des marteaux électrique, proposa une solution apparemment plus intéressante, comportant la réparation des désordres constatés sur le clavier électrique, la construction d'un pédalier d'une octave, et le remplacement de la mécanique actuelle par un système avec équerres et ressorts de rappels...

à cette époque, c'est Yves V. un ancien collègue et ami qui prit en charge la présidence de l'association des Amis de Notre-Dame de la Drèche; homme de convictions et de grande probité, je fus très heureux de discuter avec lui les différents devis qui furent proposés. Dans cette lettre, il me fit part de l'intention de l'association de confier les travaux à la dernière entreprise dont je parlais...et il rappelait:

<<...Je n'oublie pas que tu fais de sérieuses réserves quant à la compétence des Etablissements X...>>

l'avenir me donnera raison, malheureusement...

 

voici le détail des travaux qui seront effectués:

je n'eus pas assez de poids face à l'association pour persuader que c'était une erreur, et les travaux se firent, de fin 1997 à début 1998.
Sans remettre en cause le sérieux de l'entreprise, c'est la conception même de ce qui fut exécuté qui porta préjudice au carillon...de lourdes équerres assorties de forts ressorts de rappel rendirent le clavier extrêmement lourd et le jeu très difficile; il était devenu impossible de faire la moindre nuance, et ...
"les carillonneurs s'épuisaient..."

 

 

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9. la page se tourne...


au cours de l'année 1998, je montai moins souvent au clocher, découragé par ce qu'était devenu cet instrument que j'avais fini par apprivoiser depuis presque trois années, mais qui n'était plus le même; à un membre de l'association qui m'avait téléphoné pour me demander pourquoi je venais moins régulièrement, je répondis: "depuis la transformation de la mécanique, on ne peut plus rien faire..."

mais un autre évènement allait survenir, dont la proximité mit un terme définitif à ma carrière de carillonneur de ND de la Drèche: atteint d'une grave maladie, Yves V. fut hospitalisé en fin d'année 1998 et ne revint jamais à la Drèche...

 


extrait d'une lettre du Père Jacques fin 1998

 

Le premier dimanche de Janvier 1999, je revins sonner, mais j'appris alors le décès d'Yves V. ; une chapelle ardente était dressée dans les locaux attenants; je fis retentir le carillon à la fin de la messe, mais le coeur lourd... j'allai ensuite le saluer une dernière fois, submergé par l'émotion et la tristesse.

Je ne revins plus sonner; dans une lettre de Janvier 2000, le Père Jacques parlait du carillon "désespérément muet"...

 


 

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10. la renaissance

le temps a passé, d'autres carillonneurs ont approché le clavier, et un projet de reconstruction de la mécanique a vu le jour et a été conduit à terme; c'est donc une page tournée, la mécanique a été refaite, et de nombreux concerts ou animations font retentir à nouveau les 25 + 3 cloches qui logent dans le clocher de La Drèche; voir le site du sanctuaire

puissent ces sonneries longtemps égayer la si jolie campagne qui entoure l'église de La Drèche!

 

Robert R. Septembre 2009


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